L’électrochoc de l’Ipad
Dans les heures qui suivent l’annonce du lancement d’un nouveau produit high-tech particulièrement attendu, il se trouve toujours des petits malins pour proposer l’appareil en soi-disant avant-première sur Ebay. L’Ipad n’a évidemment pas échappé à la règle, malgré la vigilance des cyber agents de la première salle des ventes virtuelle au monde. De vieux « Tablet PC » présentés comme des Ipad, ou parfois encore comme des « No Ipad », ont émergé des tiroirs de ceux qui les avaient achetés … et rapidement oubliés dans un coin, déçus par la médiocrité de l’expérience qu’ils offraient. Et, au milieu de toutes ces tablettes tactiles, une surprise : un Ipad aux allures de valise, rouge, avec bien imprimé en énorme sur le dessus les quatre lettres magiques qui font rêver des millions d’afficionados de la pomme et de l’Iphone. Son prix, 2000 euros, justifierait qu’un geeek casse sa tirelire pour faire l’acquisition de la bête à Steve Jobs deux mois avant tout le monde … sauf qu’il s’agit d’un stimulateur cardiaque externe, autrement appelé défibrillateur.
Il n’y a pas méprise. L’Ipad, le « vrai », celui de Cupertino, peut donner cet électrochoc à un grand corps malade : la presse. Une presse qui se cherche un nouveau modèle économique depuis des années, pour ne pas dire des siècles. Théophraste Renaudot, l’inventeur de La Gazette, vendait déjà les petites annonces, raison d’être initiale de son journal … qu’il vendait aussi bien évidemment.
En 2010, rien n’a changé. Un journal papier vend toujours des annonces, et essaye de vendre son papier. L’ère des gratuits (à laquelle j’ai contribué en créant l’hebdo Economie Matin) ne faisait que pousser le modèle de la presse actuelle dans ses retranchements. La publicité représente jusqu’à 85% des recettes de certains journaux, qui n’hésitent pas à offrir leur « papier » à la Terre entière. Hôtels, compagnies aériennes, parkings, abonnements gratuits d’essai et bien entendu, abonnements associés à des cadeaux de la valeur de l’abonnement seul.
L’Ipad, en offrant la première solution crédible de dématérialisation, désolidarisant contenant du contenu, peut apporter cet électrochoc dont la presse a tant besoin. Demain, plus de « papier » à imprimer, sauf pour une frange d’irreductibles abonnés payants, au prix fort, sans cadeau à la clef. Le fichier numérique du journal, avec son lot d’infographies animées, de diaporamas ou de vidéos ne coûtera pas un centime à mettre entre les mains des lecteurs : ni frais d’impression, ni frais de diffusion, ni réglage (l’optimisation du nombre d’exemplaires d’un journal en kiosque, qui peut faire perdre de l’argent à un titre qui se vend bien mais est mal « réglé »). Seule commission, celle, connue et fixe d’Apple, à savoir 30 %. Cette commission, ce montage, a permis de faire de l’Itunes Store le premier disquaire au monde en moins de cinq ans. L’Apple Store, qui ne commercialise pourtant que des applications pour l’Iphone, est devenu aussi le premier vendeur en ligne de logiciels au monde.
Demain, L’Ebook Store sera sans nul doute le premier kiosquier au monde. Un kiosquier qui proposera à la vente les quotidiens et magazines qui auront su prendre le virage à temps, sans finir dans le décor au milieu de la courbe.












